Troisième épisode de notre série sur les fausses croyances sur le système nerveux humain! Ici, nous parlerons de la neurogenèse à l’âge adulte. Si vous l’avez manqué, n’hésitez pas à aller jeter un œil sur nos deux premiers article :

  1. Nous n’utilisons que 10% de notre cerveau
  2. Cerveau droit, cerveau gauche

Mythe n°3: il n’y a plus de production de neurones à l’âge adulte

En voilà un dogme attristant ! Il est encore largement considéré que nos capacités cognitives décroissent en vieillissant, et qu’une fois atteint l’âge adulte, nous ne pourrions plus générer de nouveaux neurones. Nous aurions un capital de 80 à 100 milliards de neurones à la naissance qui ne cesserait de s’amoindrir au cours de la vie.

Rassurez-vous, c’est bien le contraire : nous pouvons produire de nouvelles cellules neuronales tout au long de notre vie. Voyons tout d’abord comment nos cellules neurales sont crées durant le développement embryonnaire, puis chez l’adulte.

La neurogenèse durant l’enfance

Durant le développement de l’embryon, le neurectoderme forme une plaque neurale qui se referme autour du 28ème jour. S’ensuit la phase de régionalisation, permettant la formation des futures structures neurales chez l’adulte. Comment se forment les neurones ?

Tout d’abord il y a une forte prolifération (multiplication des cellules encore non différenciées) et une migration de celles-ci vers les zones adéquates. Il y a alors une différenciation (en différents types de neurones ou de cellules gliales), et en parallèle un développement des axones et dendrites, ainsi que leur propre différenciation. Puis, a lieu le développement et l’établissement des synapses, une maturation neurochimique (maturation des neurotransmetteurs) et la myélinisation des axones.

Une partie importante de la neurogenèse s’appelle le pruning (élagage synaptique) : l’élimination des axones et dendrites surnuméraires. Ce processus dure jusqu’au début de la puberté et est essentiel dans la phase d’apprentissage pour améliorer la transmission d’information en supprimant les connexions inefficaces ou inutilisées. Cette information démontre que ce n’est pas en ayant plus de neurones ou de connexions que l’on est plus efficaces !

Neurogenèse
Neurogenèse simplifiée (crédit: image modifiée à partir de Cfms / CC BY-SA)

La neurogenèse à l’âge adulte

De récentes études démontrent que le pruning se perpétue durant l’âge adulte, et sert essentiellement dans la plasticité neuronale pour l’apprentissage et la mémoire. En effet, il convient d’éliminer les associations simplistes faites durant l’enfance une fois plus âgés pour laisser place à des associations plus complexes.

La neurogenèse a lieu principalement dans la zone sous granulaire et le gyrus denté de l’hippocampe, structure essentielle pour la formation de la mémoire. Chez l’adulte, entre 700 et 1400 nouveaux neurones y seraient créés par jours, et permettent donc la formation de souvenirs, de s’adapter à son environnement, d’analyser de nouvelles situations, en bref, encore de la plasticité neuronale.

Chez l’animal, il a été mis en évidence une neurogenèse importante dans le bulbe olfactif, structure antérieure que nous possédons également impliquée dans l’analyse sensorielle olfactive. Ceci n’a pas encore été montré chez l’Homme, ce qui serait dû au fait que nous ne nous servons que très peu de notre sens de l’odorat.

Ceci nous indique donc que plus nous utiliserions certaines structures, mieux elles seraient entretenues et renouvelées ?

Neurogenèse adulte
La neurogenèse à l’âge adulte dans l’hippocampe (crédit: Wikitavanti / CC BY-SA)

Bien vieillir et stimuler sa neurogenèse!

Oui, nous pouvons influer sur cette neurogenèse au cours de notre vie ! Elle dépend de facteurs sur lesquels nous ne pouvons pas influer (génétique) mais d’autres que nous pouvons maîtriser : facteurs environnementaux (stress, nutrition, pollution…) et enrichissement personnel.

Sport neurogenèse
La pratique de sport contribue à un bon vieillissement neuronal (crédit: Pete LinforthPixabay License)

Comme indiqué précédemment, de nouveaux neurones sont créés surtout au niveau de l’hippocampe, chef-lieu de la mémoire. Les nouvelles expériences sont donc fondamentales pour créer de nouveaux souvenirs, de nouvelles connexions et de nouveaux neurones. Au fur et à mesure que nous vieillissons, nous avons tendance à nous installer dans une routine, à n’écouter que les musiques que nous connaissons, à ne faire que les activités habituelles, à rencontrer moins de nouvelles personnes… Il faut absolument faire le contraire ! Voyager, découvrir de nouveaux horizons, s’aventurer à de nouveaux hobbies, apprendre une nouvelle langue. Le mot d’ordre et : la nouveauté.

La citation « un esprit sain dans un corps sain » de Juvénal ne pourrait être plus vrai. La pratique de sport (qui augmente suffisamment le rythme cardiaque) et une alimentation équilibrée et variée influent énormément sur la neurogenèse. Par exemple, la consommation de produits fermentés est excellente pour le vieillissement neuronal : les japonais en sont de grands consommateurs (soja fermenté comme le nattô, le miso, ou encore le saké, le mirin…) et leur longévité de 84 ans avec 70 000 centenaires bat des records. L’amour et le sexe permettent la libération de l’hormone ocytocine, qui favorise également la neurogenèse.

Consommer des produits variés, équilibrés, fermentés afin d’avoir une bonne neurogenèse à l’âge adulte! (crédit: Maklay62 Pixabay License)

Pas de stress!

En revanche, et c’est bien connu, l’ennemi à vaincre est le stress. Lorsqu’il devient chronique, le stress induit des réactions inflammatoires complexes et très nocives à la naissance de nouvelles cellules. Donc éviter les situations anxiogènes, pratiquer la méditation et encore une fois du sport afin d’en limiter les effets.

Nous voilà rassurés. Tout au long de notre vie, nous continuons de produire des neurones et des connexions, au grès de nos rencontres et expériences. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de personnes parviennent à se remettre d’un AVC ou d’un trauma cérébral, même adultes. La plasticité du cerveau, bien qu’efficace, doit être potentialisée par nos comportements pour bien vieillir. Alors ne cessez jamais d’apprendre, de découvrir, de bien manger et bien vivre !

Crédit de l’image de couverture : ArtTower Pixabay License

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Carole-Anne Vollette
Titulaire d'un master en neurosciences, je me passionne aussi pour les nouvelles technologies. Je considère l'alliance de la biologie et de la robotique comme essentielle pour répondre à des problématiques actuelles : remédier à des maladies neurodégénératives, rendre une mobilité aux amputés grâce aux neuroprothèses, améliorer les sensations de jeu vidéo avec les interfaces homme-machine, voire même stocker nos souvenirs dans une puce ! Étendre des connaissances avérées en neurosciences au grand public est pour moi primordial afin d'aller ensemble dans ce sens.